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Marie Saint

Domiciliée au café épicerie du grand carrefour à Méautis, 10 ans en 1944

J’ai vu la première fois les Allemands en juin 1940  passer le long de notre café sur la grande route de Carentan à Périers. Je les revois avec leurs side-cars et leurs uniformes vert de gris. Certains étaient des officiers. Ce qui m’a impressionné ce sont leurs bottes en cuir car peu de gens en portaient dans le coin à part ceux qui faisaient du cheval ou qui avaient les moyens.

Marie Saint 10 ans en 1944Certains se sont arrêtés dans notre café et j’ai senti ma mère effrayée et gênée. Nous avons vu un grand nombre de civils partir sur les routes fuyant l’arrivée des Allemands. Il y a avait beaucoup de gens du village qui étaient partis. Ma mère qui était seule car mon père était mobilisé, décida de partir chez sa sœur qui vivait dans une ferme à Saint- Germain- sur Sèves . Elle était allée voir le maire qui leur avait conseillé de partir Nous avons attelé l’âne à une charrette puis nous avons mis un matelas et quelques affaires. Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés à Saint- Germain mais j’ai le souvenir d’être revenue à Méautis lorsque mon père est rentré de la guerre. Il n’avait pas été fait prisonnier. Lorsque nous sommes revenus à la maison il ne manquait qu’un petit agneau que nous élevions nous même. Il avait été sans doute mangé !

Pendant l’occupation il y avait le couvre feu qui obligeait mes parents à mettre des matelas aux fenêtres ou des couvertures pour cacher la lumière. Nous sentions que la liberté était restreinte.

Mon père avait conservé une radio qu’il avait caché à l’étage où il écoutait les informations discrètement. Quand cela est devenu de plus en plus dangereux d’écouter la radio il l’a mise chez sa mère à Saint-Patrice-de-Claids. Nous avons toujours cette radio dont les fils ont été dévorés par les souris après la guerre lorsque nous avons habité dans un baraquement  attribué aux sinistrés.

Pendant la nuit du 05 au 06 juin 1944 ma mère qui était assez émotive s’est levée en entendant les bruits des bombardements et en regardant de la fenêtre de sa chambre elle a vu le ciel rempli de lueurs. Nous sommes restés au café pendant deux ou trois jours c’est-à-dire jusque vers le 08 juin 1944. Puis lorsque la guerre s’est rapprochée de nous et que les obus commençaient à tomber dans la cour et sur la route mes parents ont décidé de partir nous réfugier à la Chesnée à Méautis avec des civils qui venaient de Cherbourg. Mon père a retrouvé un ami de mobilisation, Monsieur Viger qu’il avait connu en Bretagne.

Mon père qui pensait que le débarquement allait se faire à Cherbourg lui avait conseillé de venir déménager à Méautis avec ses meubles pour éviter de tout perdre. Hors c’est à Méautis qu’ils ont tout perdu alors que dans leur maison de Cherbourg il ne s’est rien passé !

Puis nous avons changé d’habitation toujours à la Chesnée puis de nouveau nous sommes arrivés chez Monsieur Vautier, le maire de Méautis. Nous étions au moins quarante personnes. Nous sommes restés une nuit entière debout dans une petite salle avec une cheminée où un obus est tombé faisant dégringoler de la pierre. J’ai le souvenir d’un Allemand qui est entré avec le maire pour voir s’il n’y avait pas des parachutistes américains de cachés dans la maison. Nous avions tous très peur car s’il avait trouvé un soldat américain je ne vous raconte pas la suite des évènements !

Nous sommes partis à travers les champs pour arriver à Donville chez Monsieur et Madame Jules Lemelletier. Cependant les Allemands nous ont fait partir car nous étions vers le 12 juin et la bataille de Donville allait commencer. Nous sommes partis nous réfugier de nouveau chez Monsieur de Folleville à Saint- Côme-du-Mont mais comme il n’y avait plus de place nous avons trouvé un coin à l’entrée de Saint- Côme proche de la maison du musée actuel sur le débarquement. Nous sommes restés là pendant 10 jours. Nous voyions les Américains passer, ils nous envoyaient des bonbons…

Nous sommes repartis après chez Monsieur et Madame Jules Lemelletier à Donville où nous avons dû vivre pas mal de temps avant de retrouver un logement car nous n’étions pas propriétaires du café que mes parents exploitaient. Ce dernier a été détruit aux alentours du 10 juin 1944. Nous sommes donc arrivés dans le bourg de Méautis pour louer le bout d’une maison pendant deux ans.

Puis après nous nous sommes retrouvés dans une baraque en bois pour loger les sinistrés qui n’avaient plus de logement. Le confort était rudimentaire ! J’y suis restée pendant 11 ans jusqu’à mon mariage mais mes parents ont habité cette baraque jusqu’en 1961 !

Ces derniers ont exploité le bureau de tabac pour conserver la licence d’exploitation du café. Mon père était souvent réquisitionné par les Américains pour aller enterrer les bêtes qui avaient été tuées pendant la bataille. Ma mère a travaillé dans le camp américain du champ d’aviation de Méautis.

La chose que j’ai le plus ressentie pendant cette période fut la peur de ma mère et son angoisse. Elle pensait que ce qui les avaient sauvés était le fait qu’ils ne savaient rien de ce qui allait se passer. Cela les a aidé à survivre et à affronter la réalité.

La leçon de toute cette période pour moi est « plus jamais ça ! » Lorsque je vois à la télévision aujourd’hui des civils qui partent sur les routes avec leurs affaires je ne peux m’empêcher de repenser à ce qu nous avons vécu. Nous avons perdu tous nos biens matériels pendant la bataille mais personne dans nos proches n’y a laissé la vie et c’est le plus important !

 

Témoignage suivant : André de Pierrepont

 
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