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Jack lemelletier

Habitant de la ferme d’Artilly à Donville, 16 ans en 1944

Jack lemelletier témoignage du débarquement 44Je me souviens que les Allemands avaient occupé uniquement le bourg de Méautis après 1941 mais pas notre ferme à Artilly. Ils avaient réquisitionné la forge de la commune pour ferrer leurs chevaux.

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 nous avons entendu de fortes explosions dans le ciel. Le lendemain matin mon père a découvert 7 parachutistes américains qui se cachaient tout proche de la ferme du Lude, le long de la voie ferrée. Il leur conseilla de se tenir à l’écart de la ferme mais ils ne suivirent pas ses conseils.

Vers le 10 juin 1944 les Allemands nous ont demandé de partir de la ferme d’Artilly qu’ils occupaient maintenant. Il s’agissait de troupe d’infanterie allemande. Ils couchaient dans l’habitation principale. Je les revois en train de mitrailler les haies pour trouver des parachutistes américains.

Nous sommes partis nous réfugier à la Mare des Pierres à Méautis. Notre ferme a été reprise trois fois par les Américains. Le feu a été mis dans l’un des bâtiments. Lorsque les chars ont fini par arriver dans Donville ils ont fait le ménage car les Américains progressaient très difficilement face aux Allemands qui avaient plus d’expérience en matière de combat.

Je me souviens d’une anecdote incroyable : nous avons découvert sur un grillage de notre ferme le bras d’un soldat allemand qui était resté pendu et qui avait voulu sans doute ouvrir la porte qui menait à la cave ! Un tir de mortier lui avait coupé le bras !

Nous avons vu énormément de morts des deux camps à Donville dans les champs, les habitations. Le toit de la chapelle de Donville qui était rond à l’époque avait été soufflé. Nous sommes rentrés par le chemin de Cantepie et la voie de chemin de fer qui était plus sure. Je me souviens que mon père avait ramassé deux Allemands qui se camouflaient, dont l’un était blessé au pied. Ils sont sortis d’une haie et ont demandé de l’aide à mon père. Il les a aidé et enfermé dans un bâtiment de la ferme d’Artilly qui n’avait pas été détruit. Mon père leur a donné à manger. Et puis deux Américains les ont trouvé et les ont tués sur place aussitôt. Pas de prisonnier !

Nous mangions pendant la bataille quand nous pouvions. Lorsqu’une bête était touchée par des éclats nous la mangions presque aussitôt. Malheureusement cela arrivait souvent !

Je me rappelle également que les Allemands avaient déposé deux ou trois camions de torpilles de mortier dans le champ du Teurcamp qui étaient restées sur place après la bataille. Je me souviens également que des chars  avaient voulu passer à travers le marais de Cantepie et s’étaient enlisés car il y avait de la tourbe remplie d’eau.

Quand nous avons repris possession de la maison à Artilly nous nous sommes aperçus que les Allemands ou les Américains avaient démonté les portes de nos armoires pour renforcer leurs tranchées qu’ils avaient creusées proche la maison. Ils avaient même laissé du lard cuire dans l’âtre de la cheminée… J’ai découvert deux Allemands tués dans le champ Lemarinel, un autre sur la ligne de chemin de fer. Ils ont été ramenés plus tard. D’autres sont restés des années après la guerre enterrés dans les champs ou le long des chemins.

 

Témoignage suivant : Louis Senoville

 
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